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A 8 ans je voulais mourir

Ma petite cousine a été tuée fauchée par une voiture.
Elle avait un papa, une maman, un frère qui l’aimaient. Elle était comme ma petite sœur.  Son frère, elle et moi,  nous avons grandi ensemble unis.

Et puis tout d’un  coup plus rien, le chagrin des adultes a été le plus fort et nous a séparé. J’ai perdu sa maman, incapable désormais de s’occuper de moi. Je me suis retrouvée ainsi écartée de cette famille que je croyais la mienne.  Je ne comprenais pas pourquoi ce rejet, pourquoi elle était morte, et pourquoi pas moi, moi qui n’était qu’un boulet pour ma famille éclatée, alors qu’elle…
Je trouvais ça injuste. La culpabilité m’a envahie.

J’ai vécu sa perte comme un choc terrible. Mais l’exprimer comment ? le dire à qui ? je n’étais qu’une enfant. A cette époque les adultes pensaient que les enfants ne ressentaient rien, ne pensaient pas. Et moi Je ne pensais qu’à une chose, mourir, me jeter sous le train, parce que dans le coin c’est ce qu’on faisait quand rien n’allait plus. Et ce nouveau manque m’était insupportable.

Le train était loin, et si je ratais mon coup, j’allais encore me faire gronder, me prendre des baffes.J’avais plutôt peur de ça que de me jeter sous le train.
Alors je ne l’ai pas fait. Mais à défaut je m’évadais au milieu des vignes, disparaissais dans la campagne, grimpais au sommet des arbres, espérant m’envoler, disparaître par magie,  espérant que mon cœur s’arrête là de battre à tout jamais loin dans les nuages.

Je voulais mourir, tellement mourir. Ce n’était pas juste. Tout le monde l’aimait, moi pas. Je n’étais qu’un boulet qu’on essayait de caser par ci par là pour se débarrasser de moi….

Oui, à 8 ans je voulais mourir, prendre sa place pour qu’elle vive, elle. Mais je ne suis toujours pas morte, et elle si !

A Pascale pour toujours. 

Du pain, d’la tome

Je croque dans un carré de chocolat noir, et voilà mon esprit qui s’évade loin dans la petite enfance dans ce souvenir de goûter que j’aimais tant. Non il n’y avait pas de chocolat mais c’était tout simplement du pain et de la tome. Un bon morceau de cette vieille tome des Bauges sortie du garde-manger, accompagné d’une grosse tranche coupée dans la miche, ça c’était du goûter !

Nous étions une bande de petits du bourg Evescal qui avaient entre 5 et 8 ans. Insouciants, nous n’étions bien que dehors à inventer des jeux simples avec les choses de la nature, et nous ne voulions rien d’autre pour goûter que du pain et d’la tome.

Nous nous installions au lavoir pour manger après avoir posé le bocal rempli de têtards pêchés aux « îles ».
Puis nous faisions friser les tiges de pissenlits en les coupant dans le sens de la longueur avant de les tremper dans l’eau. J’étais fascinée de les voir s’enrouler au contact de l’eau.
Il nous arrivait même de râper du savon et de le mélanger dans un verre d’eau pour faire des bulles. Pour que ça marche, nous fabriquions nous-mêmes nos baguettes avec des tiges de bois souple.

Laps de temps de bonheur bien trop bref qui m’a laissé des souvenirs indélébiles remplis de nostalgie et d’émotion.

A Geneviève, Maryse, Patou, Pascale.

Mais où qu’il est mon collège ?

Un bail que je n’avais pas revu l’internat et le collège, pas moins de 34 ans… Et cet après-midi, ça m’a pris comme ça, envie de revenir sur les pas de mon enfance et de refaire le chemin entre les deux. Tout droit, à gauche, tout droit, à droite, me voilà devant la grande bâtisse au dessus du gymnase avec sa multitude de petites fenêtres. Rien n’a changé, encore plus vieille, encore plus moche, toujours cet escalier de l’autre côté de la rue que nous descendions en rang pour aller en cours à l’externat, et où se planquaient les satyres qui guettaient notre passage…. z’avez vu ma quéquette les filles ?

Internat Louise de Savoie

J’ai retrouvé l’externat aussi, moins facilement. J’avais oublié où il se situait exactement. Et puis les rues ont été refaites pour donner plus de place aux piétons. Les arbres ont poussé. Le collège a été ravalé, lui donnant un aspect beaucoup plus sympathique…

Louise de Savoie

Bon ben, voilà qui est fait et ça ne m’a rien fait du tout…

On est en mai, et alors ?

Mai 2008… Mai 68… 40 ans, et allez on y va, tout le monde en parle, tra la la… En ce moment, Il y a des tas de gens de mon âge qui étalent leurs souvenirs de mai 68 comme si c’était Le souvenirs de leur vie. Et bien pas moi. Qu’est-ce que vous voulez que je me souvienne de mai 68 ? C’était y a 40 ans ! et il y a 40 ans j’avais 11 ans 1/2 !
A l’internat, y avait pas de télé, pas de radio, pas de journaux. Les sorties c’étaient en rang 3 par 2 en file indienne. En classe c’était petites blouses, bien sages, pas bouger.. A l’école, pas de politique… Alors, le mois de mai de cette année là, j’ai pas vu de différence avec les autres mois… Tout ce que je savais c’est que les adultes s’agitaient et qu’il se passait des choses là-bas, loin dans cet autre monde qui s’appelle Paris. Et oui, j’avais un frère de 17 ans qui vivait à la capitale, qui pour nous était un peu, il faut bien le dire, comme un pays étranger à nos yeux. Et ce frère avait manifesté, lui, coupures de journaux avec photos à l’appui, sur un tas de pavés, etc. je vous en passe et des meilleurs…Mais c’est sa vie, ses souvenirs.
Et puis c’est tout ! Mai 68 s’arrête là pour moi. Rien vu, rien senti, rien vécu, rien compris au film à l’époque. Et puis, encore longtemps déconnectée des actus, les transformations je les ai vécu sans me rendre compte que c’était des transformations. Trop jeune que j’étais en ce temps là pour avoir du recul, je vivais l’évolution des mœurs, sans savoir que c’était une évolution… Tout ce que je pouvais constater, c’est que ceux qui me suivaient, les plus jeunes, étaient élevés, éduqués de façon totalement différente, laissez les vivre. Et parfois tant de différences me choquaient…. Alors je ne vais pas vous la sortir singe savant, du genre moi j’étais née, je me rappelle… ça ferait désordre.

Que les médias nous diffusent tous les 10 ans quelques documentaires sur les évènements mondiaux qui se se sont déroulés cette année là (Vietnam, printemps de Prague, grèves, manifs,… ) pour qu’on meurt moins con, c’est très bien ! mais arrêtons de nous gargariser de comparaisons avec mai 68. Une époque différente, des circonstances et des conditions de vie différentes, pourquoi toujours chercher des parallèles chaque mois de mai, là où il n’y en pas ! Parce que 40 ans plus tard, il ne peut pas y en avoir !

Allez hop, cessons de nous laisser endormir et ouvrons les yeux sur ce qui se passe aujourd’hui. Pensons à notre avenir plutôt ! Parce que c’est pas le tout ça, mais demain va falloir crouter avec pas grand chose.

Fille de…

Fille de notable, pendant toute ma jeunesse, j’ai été jugée, jaugée, cataloguée, comparée, et surtout enviée parce que j’étais une petite bourgeoise "fille de"…
Qui sait si je n’aurais pas préféré céder ma place à toutes ces petites filles et adolescentes choyées qui me jalousaient et me le faisaient bien sentir. Parfois certaines en devenaient même méchantes.

J’ai grandi à l’internat, je n’avais rien de plus que les autres, surtout à l’époque où il n’y avait ni argent de poche, ni marques, ni rien du tout, qui aurait permis de laisser supposer que les unes avaient plus que les autres. A la maison je n’étais guère dans les favorites puisque, d’une famille recomposée, pas de bol, j’étais la "fille de l’autre"… l’art de cumuler les "fille de".

J’ai passé ma vie à fuir les jaloux, les médisants, les faiseurs d’histoires, les donneurs de leçon, tous ceux qui ne connaissaient rien de moi, et qui croyaient tout savoir. J’ai même fui ma famille pour me construire ma propre identité ailleurs, et surtout pour qu’on me fiche la paix. Puis l’eau a coulé sous les ponts. J’ai eu d’autres tracas, d’autres soucis et d’autres chats à fouetter, comme tout le monde…J’ai fini par oublier ces quidams qui ne me voyaient pas autrement que comme "la fille de"… et qui ne m’appelaient jamais par mon prénom.

"Fille de"… 40 ans plus tard, ça me ressaute à la figure. Un message de quelqu’un que je ne connais pas, et "qui me connait" bien sûr, puisque la "fille de"… Message sympathique au demeurant, mais qui m’a quand même rappelé des souvenirs qui ne me sont pas forcément agréables.

Il est indéniable que je serai toujours la "fille de", et je l’aime ce parent là . Mais il serait peut-être temps que ces gens "qui me connaissent", me voient enfin autrement qu’au travers de cette image de "fille de". Et surtout qu’ils apprécient l’herbe qu’ils ont sous leurs pieds, plutôt que de croire qu’elle est plus verte chez moi, "la fille de"…. Parce qu’encore aujourd’hui, qui sait si je ne leur cèderais pas ma place ! Chacun vit sa vie et on n’est pas marié avec ses parents.

Amnésie de Noël

J’ai beau fouiller dans ma tête, je ne me souviens de rien, d’aucun Noël de ma petite enfance… et même jusqu’à l’adolescence, rien ne vient, qu’un grand vide.
Est-ce qu’on fêtait Noël ? est-ce que j’étais avec ma mère ou avec père à ce moment là ? je ne sais pas. J’ai un trou de mémoire jusqu’à l’adolescence… Et ça fait un sacré trou noir, moi qui aime tant la lumière !

Chaque année c’est pareil, je cherche une odeur, une atmosphère… J’essaie de me rappeler la neige qui craque sous les pas… Je n’ai même pas une petite photo pour m’aider à retrouver des souvenirs. D’ailleurs, je n’ai quasiment pas de photo de moi enfant. Mes albums commencent à l’âge où j’ai pu mitrailler moi-même les évènements de ma vie, tout en glanant des photos que personne ne voulait plus, pour essayer de construire des souvenirs de famille, mes souvenirs.

Est-ce que j’ai cru au père-Noël ? surement… Et quand ai-je arrêté d’y croire ? pourquoi ? je ne sais pas, je ne me souviens pas, je ne me souviens plus… C’est terrible ce vide de souvenirs… surtout quand on espère encore, comme une enfant, la magie de Noël, cette magie qui finalement ne vient jamais et n’est peut-être jamais venue.

J’aime Noël pour ses lumières, ses couleurs, ses odeurs, la symbolique du sapin que l’on décore pour annoncer le renouveau de la vie. Je déteste Noël pour cet état de déprime dans lequel cette période me met chaque année.
Parce que Noël, c’est aussi le souvenir plus récent de grands moments de solitude et de tristesse, alors que mes enfants passaient les fêtes chez leurs grands-parents. Parce que Noël, c’est aussi le moment où la dégringolade financière qui perdure depuis une dizaine d’années est mis en exergue. Parce que Noël, c’est aussi le moment où l’on se rend compte que sans moyen, on n’existe plus guère pour grand monde…

Noël ! si je pouvais me souvenir des Noëls d’antan pour garder encore un peu de rêve dans la tête ! Si je pouvais encore grimper tout au sommet du grand cèdre pour espérer voir passer le Père Noël dans le ciel étoilé… Parce que ça je l’ai fait, je sais que je l’ai fait.

Une flamme s’éteint, un chapitre s’achève

Les années passent et les anciens qui nous rattachent à notre toute petite enfance s’éteignent peu à peu…

Je m’y attendais, la nouvelle devait tomber un jour ou l’autre. La maladie avait atteint le cerveau et effacé sa mémoire.

J’ai reçu le message aujourd’hui, « ni une bonne, ni une mauvaise nouvelle« , si l’on peut dire… Elle s’est éteinte cette nuit, ma nounou, ma maman, ma tante par alliance, … et ma toute petite enfance s’est envolée avec elle.
Des premières années de ma vie, il ne reste plus que quelques rares photos jaunies, et mon cousin, le seul témoin de mes souvenirs, de nos souvenirs. Je suis triste et je pense à lui, à sa famille disparue à qui la vie n’a pas souri, ma famille… Ils m’ont tant apporté. Je les ai tant aimé.

A toi ma Suzon !

Pépé Jo

Il est 2h30 et je ne dors toujours pas. Je ne sais pas pourquoi mais depuis que je suis couchée je pense à pépé Jo. Je l’aimais bien pépé Jo. Je me souviens de sa main douce qui tenait ma petite menotte quand il m’emmenait avec lui dans ses balades ; des heures que nous passions à regarder et écouter les gens dans la rue ou au bistrot ; des grains de cachous qu’il croquait avant de rentrer pour atténuer le goût de la bière qu’il venait de boire, pour éviter les remontrances de son épouse. J’aimais tant ces moments d’évasion passés avec lui. Il me rassurait, m’apaisait et je me sentais en sécurité en sa compagnie.
Quand je suis rentrée à l’internat, je ne l’ai quasiment plus vu, cela me rendait triste. Et puis un jour il est tombé malade, le cancer. Je ne savais pas qu’il avait un cancer mon pépé Jo que j’aimais tant. Je crois que je ne savais même pas ce qu’était le cancer. On n’expliquait pas les choses de la vie en ce temps là.
Un mercredi après-midi, où plutôt un jeudi, à l’époque ça devait encore être le jeudi, alors que je devais partir en promenade avec les internes que les familles ne sortaient pas, une amie de mes parents a débarqué avec sa fille.
Je me demandais bien ce qu’elles venaient faire là, d’autant plus qu’elles ne venaient jamais et que je détestais cordialement cette fille de mon âge avec qui on me comparait tout le temps tellement elle était mieux que moi, elle ! C’est là que, du pas de la porte de l’étude, j’ai appris la nouvelle. J’ai l’autorisation de son père, je viens la chercher pour l’après midi, son grand-père est mort et il faut lui changer les idées, expliqua la mère à la pionne qui ne voulait pas me laisser partir.
Le choc a été terrible, indescriptible. Je suis devenue livide, et n’ai plus pu sortir un mot de la journée. Puis la mère et la fille m’ont trimbalée je ne sais où, au Mont Carmel sans doute, je me souviens des arbres que je fixais. Il faut que tu sois gentille avec elle, elle a perdu son grand-père, disait la mère à la fille qui ne comprenait pas ma prostration, mon regard vide.
Je voulais pleurer mais je ne pouvais pas, pas devant ces étrangères que je n’aimais pas et qui ne m’aimaient pas non plus. Elles n’auraient jamais du être là dans un tel moment, et encore moins m’apprendre cette chose si terrible. Pépé Jo, non, je ne veux pas le croire !
Après cette sortie interminable et insupportable, elles m’ont ramenée à l’internat comme un paquet qu’on dépose. Puis, seule dans le vestiaire, je me suis effondrée. Tout s’est mis à tourner autour de moi comme si le monde s’écroulait. Je ne sais pas combien de temps je suis restée là, par terre dans un coin à vider ma douleur, ne sachant plus où j’étais. Des bras, me blottir, je voulais me blottir, mais ce vide autour de moi, si grand…
A partir de ce jour là, pendant toute ma scolarité, j’ai pensé chaque jour à mon grand-père, à son visage me souriant comme s’il veillait sur moi. Aujourd’hui, il m’arrive encore souvent de penser à lui, il m’a tant manqué. Il m’aimait lui, je le savais.

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Ne m’appelez jamais mamie

Ma grand-mère avait la délicatesse de me dire et surtout de m’écrire que je ne serai toujours qu’une bonne à rien. J’ai fini par brûler ses lettres au fond du jardin à la fin des années 80 pour conjurer le mauvais sort et avancer dans ma tête. Seulement elle devait avoir raison vue l’évolution fulgurante de ma carrière et le fait que je sois incapable de faire quoi que ce soit de bien malgré mes efforts …

Elle avait aussi d’autres appréciations très sympathiques à mon égard, comme de dire par exemple à mes plus jeunes soeurs que je n’étais qu’une bâtarde. Les pauvres petites, ne sachant pas ce que ça voulait dire, ont un jour fini par mettre les pieds dans le plat en me demandant la signification des propos de leur chère grand-mère. Et comme je suis née d’un mariage totalement légitime … Enfin bref, je vous passe la peine que j’ai pu ressentir. D’ailleurs et quand bien même, je n’étais pas une criminelle, juste une petit fille puis une adolescente comme toutes les autres, et je ne méritais pas d’être traitée comme ça.

Elle avait aussi le chic de déclarer quand je venais passer le week-end à la maison : "Mais qu’est ce qu’elle vient faire là celle-là ? on ne l’attendait pas !" … Je me souviens même d’une fois où, après 8h de train de nuit couchée dans le couloir, malade, j’ai du aller me réfugier chez une copine pour récupérer jusqu’à reprendre mon train qui me ramenait à la fac. Tout ça parce que ma venue dérangeait.

Cette grand-mère se faisait appeler mamie. Ne m’appelez jamais mamie, je hais les mamies ! Du moins les mauvais souvenirs que ce terme fait ressurgir en moi …

Internat

Tant que j’y suis à vider les tiroirs de ma tête, j’ai ces quelques souvenirs que j’avais écrits sur un bloc il y a quelque temps suite à une discussion à la galerie photos à propos d’un film dont je ne me souviens curieusement plus du titre … Il s’agissait d’Internat et ce film a fait ressurgir de ma mémoire quelques souvenirs les plus enfouis.

Internat, j’ai passé 7 ans à l’internat[1]

Je savais que j’avais été mise là officiellement pour le latin mais officieusement parce que ma très jeune belle mère avait du mal à supporter une belle-fille aussi grande que moi, les murs étaient suffisamment fins à la maison pour que j’entende. Et puis sa fille à elle était née. Donc voilà, c’était plus simple comme ça pour elle.

Internat … les dortoirs de 40 lits, les lavabos communs, l’hygiène douteuse, le froid, les fenêtres à guillotines ; le passage de l’enfance à l’adolescence dans l’indifférence totale, la découverte de la féminité au coin d’une poubelle en se demandant bien ce que cela pouvait être … l’humiliation ressentie quand les copines, qui elles savaient, ont expliqué ; les fins de semaine d’une journée, du samedi soir au dimanche soir, juste le temps de faire les lessives, de se laver et de repartir avec du linge propre ; les promenades du jeudi après midi ; un grand-père qui s’en va, une étrangère qui m’apprend la nouvelle ; les rêves d’évasion, loin si loin, les périodes d’amnésie, surtout ne pas se souvenir, et ce sentiment de vide permanent accentué par des crises d’angoisse ; L’autorité, la discipline, la surgé, la peur des grandes moqueuses jusqu’à en être méchantes, la routine, l’oubli … Les trois premières années, loin de toute affection, furent les plus difficiles à supporter.

Et puis en troisième, ce fut l’année où tout a commencé à changer progressivement, nous allions en cours à l’externat des filles, les premiers garçons ont fait leur apparition en classe, trois. Ce fut le temps des premiers copains, copines ; l’époque des shorts, des maxi manteaux et des minis jupes que nous portions malgré les interdictions.
Ce fut aussi l’année du 5-7 à St Laurent du Pont[2], le grand vide dans les classes après la catastrophe, les cercueils qu’on amène un à un dans le gymnase sous les fenêtres de l’Internat, plus de 100 …

Puis la seconde, enfin je faisais partie des grandes, plus de moqueries des ainées, plus de grands dortoirs, nous avions chacune notre boxe avec un lavabo, mais toujours le froid, le givre à l’intérieur des vitres. Nous dormions à deux toutes habillées avec bonnet, chaussettes dans un tout petit lit pour nous tenir chaud. Ce fut la naissance de vraies amitiés, des premiers souvenirs agréables, des longues soirées à discuter en cachette à voix basse. Et puis nous avions changé d’externat, nous étions passées côté garçons, les classes étaient enfin mixtes, le début de l’équilibre. C’est aussi cette année là que j’ai violemment pété mon genou à la danse, mon refuge. Je le paye si cher aujourd’hui !
Et les pervers, et oui il y avait aussi des pervers, ils se planquaient dans les montées d’escalier le long de la rue pour nous surprendre quand nous descendions en rang, ou entre le gymnase et l’Internat ou encore au Parc du Verney. Les grandes vannaient, les petites avaient peurs ….

Les souvenirs des deux dernières années se mélangent, elles ont passé tellement vite jusqu’au bac. Puis les copains, copines, amies, amours qu’on quitte pour ne plus jamais les revoir parce qu’un livre se ferme et qu’une nouvelle vie commence. Coco, Kopeck, Sylvie, Mémé, Paulette, et tant d’autres, que sont-ils tous devenus ?

Internat, 7 ans d’une vie, avec à la fois si peu et tant de souvenirs et ce sentiment indescriptible de vide au fond de moi qui est toujours resté comme si une partie de mon enfance m’avait échappé.

Notes

[1] Internat Louise de Savoie – Chambéry 73 – de 1967 à 1974

[2] 1970: le 5-7