Aujourd’hui c’est le cinquième anniversaire de la mort de Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976, fondateur de l’école monétariste de Chicago, Et théoricien de la révolution néo-libérale.

A cette occasion,  une bande de blogopotes de la gauchosphère a décidé d’envoyer une petite bafouille à ces grands bouffeurs de thèses, dirigeants, gens des médias,  bref à ces braves gens qui nous enfument chaque jour un peu plus, nous qui sommes le méchant peuple,  à grand coup de régressions sociales parce que merde les marchés quoi ! pour leur poser la question qui tue : Alors quoi le bonheur ? c’est pour quand ?

« Madame, Monsieur,

Vous vous définissez vous-même comme étant de sensibilité « libérale » sur le plan économique et c’est bien évidemment votre droit le plus strict. Vous ne verrez donc pas d’inconvénients à être sollicité afin de répondre à une simple question.

Nous, blogueurs et citoyens de sensibilité de gauche, sommes depuis une trentaine d’années face à votre discours nous assurant que le libéralisme économique – ou néolibéralisme si vous préférez – ne sera qu’une promesse de bonheur et de liberté pour tout un chacun, humbles comme aisés, et qu’un passage, certes douloureux mais que vous nous assurez « nécessaire », par une période de temps plus ou moins difficile où serait mise en place une sévère mais juste « rigueur » économique, finira, à terme, par porter des fruits dont tout le monde sans exceptions profitera…

Disons le net : nous sommes sceptiques.

Non pas que nous mettions en doute votre bonne foi quant à ces affirmations : votre sur-présence médiatique depuis tant d’années nous a convaincu de votre sincérité. Mais tout de même, tout le monde finit par se demander, à force :

Ce fameux « bonheur néolibéral » qu’on nous promet depuis 30 ans, ça vient quand ?

Parce que dans un pays comprenant 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des salariés pressés comme des citrons en permanence, et où malheureusement il semble bien qu’une fraction fort malhonnête de personnes trouvent à s’enrichir en se contentant de siéger dans des conseils d’administration, il est quelque peu délicat de percevoir les bienfaits de ces fameux « marchés » que vous défendez pourtant mordicus en dépit du bon sens.

Comme toujours, vous répondrez à cela qu’il faut « poursuivre les réformes » parce qu’on a « pas assez libéralisé » ; mais soyons sérieux : il vous faut clairement admettre que vous vous êtes plantés. Qu’en 30 ans vous n’avez pas été foutus de faire quelque chose de bien. Et que le néolibéralisme n’a conduit qu’une fraction infime de gens très riches à encore plus s’enrichir au détriment de tous les autres.

Notre question sera donc : pourquoi ne pas admettre que votre idéologie est nuisible pour la majorité, que vous vous êtes plantés, et que dans l’intérêt général vis-à-vis duquel vos idées sont objectivement nuisibles, il serait mieux que vous laissiez tomber et passiez à autre chose ?

Dans l’attente de votre réponse, veuillez Madame Monsieur agréer l’expression de nos salutations distinguées. »

Cette humble bafouille a été adressée par mail à Jean Quatremer, Éric Le Boucher, Sophie de Menthon, Laurence Parisot, Jean-François Copé, Michel Godet, Agnès Verdier-Molinié, Alain Madelin, H16, Jean-Michel Aphatie, Hervé Novelli, Laurent Wauquiez, Hugues Serraf, Jacques Attali, Jean-Marc Sylvestre, Franz-Olivier Giesbert, Pascal Salin et Monique Canto-Sperber ;

liste non close reprise chez le Monolecte.

Les participants : le Monolecte donc, et Océane, Mipmip, CSP, SeeMee, Seb Musset, Marco, Dadavidov, Vogelsong, Intox2007, Dedalus, Christian, …

Il est demandé aux lecteurs de faire tourner cette lettre toute la semaine sans oublier le hashtag twitter : #bonheur_neoliberal. Siouplaimerci.

Si d’autres blogueurs veulent participer, welcome. Moi c’est fait. Vivement les réponses ! hinhinhin !

update :

le pearltree de SebMusset pour lire tous les participants.

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6 commentaires on « bonheur néolibéral » mes fesses !

  1. [...] Stef, Gaël, Custin, Catnatt, GdeC, Des pas perdus, Jojo, Galuel, Altermonde sans frontière, Sophie [...]

  2. Thierry dit :

    Personnellement, j’ai répondu sous SeeMee.

    Sur la forme, je suis d’accord avec la lettre, sur le fond pas!

    En particulier, sur le fait d’assimiler Milton Friedman à ce qui se passe aujourd’hui et qui n’a rien à voir. Le mieux serait de lire mon propos sur SeeMee….

    En l’occurrence, on trouve la réponse dans le commentaire ici-même, en parlant « d’école monétariste », qui est très exactement le contraire de ce qui se passe.

    Le libéralisme est la seule option économique démocratique. Après, certainement aurait-il besoin d’aménagements…mais jusqu’à présent, on n’a pas eu l’opportunité de le connaître.

    Ceux que les collectivistes qui se font passer pour des pseudo-gauchistes primaires nomment « néolibéraux » ne sont en réalité que de vulgaires escrocs.

    La solution? Commencer par appliquer les principes de Milton Friedman, Fisher ou Tobin.

  3. RiGeL dit :

    Oui, appliquons à la lettre les principes de Friedman. Même au Chili, ils ont arrêté avant d’avoir réussi à appliquer tous ses principes, tellement la catastrophe économique était évidente (sans parler de la catastrophe humaine).
    Le libéralisme fout la merde ? c’est parce qu’il n’y en a pas assez !!! faut aller encore plus loin !!

    Par pitié, ça fait 30 ans que tous les médias tous les politiques nous racontent ces conneries, et tout ne fait qu’empirer. Il serait peut-être temps d’arrêter de dire n’importe quoi, pour commencer ! L’intelligence, c’est être capable de reconnaitre qu’on s’est trompé avant que tout ne soit perdu, pas de s’enfermer dans son erreur jusqu’à ce qu’on ne puisse plus revenir en arrière.

  4. Olivier dit :

    Ah bien … bin voilà. C’est le que le méchant ogre neo-libéral a encore frappé.

    Quant à savoir quand tout ceci à commencer : Modernisation et dérégulation financière, abandon de la finance au seul marché sont évidemment critiquables, que dis-je condamnable. Mais ils n’ont pas été uniquement le fait des gouvernements conservateurs, de droite, les gauches sociales démocrates ne se sont pas gênés.

    C’est bien Laurent Fabius et Pierre Bérégovoy qui ont porté la modernisation, à moins que je me trompe, et les historiens de l’économie aussi.

    C’est bien un gouvernement de gauche qui a crée le Matif (ou Marché à terme des Instruments Financiers dont sont issus ce qu’on appelle les produits dérivés). Pour mémoire ca se passe en février 1986, soir un moi et demi avant les législatives. C’est bien Fabius qui dès 1983 appelait à la grande ouverture du crédit … Et ceux de droite s’en sont bien évidemment frotté les mains pour n’y rien changer par la suite. Et Friedman en a ri, et Friedman en a nourrit une critique acerbe, comme Hayek d’ailleurs. Mais c’est Friedman qu’on veux lyncher aujourd’hui.

    La majorité des économistes, toutes tendances confondues, s’accordent par ailleurs pour observer que cette modernisation de la finance est concomitante avec le mouvement de mondialisation … Tire en les conclusions que tu veux.

    Bref, droite et gauche, celles d’ici et d’ailleurs sont coupables, les unes et les autres. pourquoi ne pas le dire ainsi ?

    Et l’on voudrait nous faire croire que le libéralisme est à la source de tous nos maux ? ben ça ! … c’est juste réécrire l’histoire. Et c’est pas très beau.

    Non, le problème est ailleurs, et le problème survient bien de ce que nos économies mangent trop, que nous, vous, moi n’avons pas su dire non devant la belle patinoire qui orne le fort joli rond-point au bout de l’allée, celle qui mène au nouvel hôtel de région. Ce n’est pas une question de libéralisme; non, ce n’est qu’un exemple de la gabegie ordinaire. C’est aussi une question, la question de savoir comment stopper la bande d’affamés de finance, de boulimiques du produit financier qui ont crée la dette, ce mirage à rond point pas cher que l’on pose devant de belles patinoires gratis.

    Mais peut-on dans un pays où la moindre revendication est toujours salariale, y compris chez les dockers du port de Marseille, sauter sur la bête qui ne revendique rien d’autre non plus, sous formes de dividendes et de jetons de présence ? C’est moralement un peu délicat. C’est un comportement, une mentalité qui touche les gros … comme les petits que nous avons laissé, vous comme moi, faire son nid et s’installer avec cette inaltérable volonté de durer.

    Remettre les choses en place est l’affaire de tous. Et ce n’est pas en changeant le sens des mots, en s’évertuant sur le seul système de pensée politique et économique qui n’ait jamais trouvé à s’appliquer. Je me suis levé ce matin et le sens des mots avait changé. Plus d’état providence; jamais vu, jamais connu; effacés des mémoires les mots « économies sociales de marché » et partis en fumée les quelques souvenirs de la sociale démocratie et de l’interventionnisme keynésien.

    Cette nuit le dictionnaire a fait sa révolution et vomis ses mots en délivrant à « Malheur »: n.m Néo-libréalisme.

    Je pleure.

  5. Thierry dit :

    J’abonde pleinement avec le commentaire d’Olivier.

    Tout au contraire, que Friedman soit le bouc émissaire est la preuve que sa politique serait peut-être des bases moins mauvaises que ce que beaucoup pensent…alors qu’on a jamais connu le libéralisme!

    Autre chose à ne pas confondre : la mondialisation et la globalisation, autres termes à rechercher dans le dictionnaire.

    L’un est positif, l’autre négatif.

    Quoi qu’il en soit, une économie équitable, puissante, stable, ne peut être que libérale, c’est presque une lapalissade. Mais, bien évidemment, ce n’est pas « Friedman » qu’il faut mettre en application.

    Mais une sauce : Friedman, Allais, Fisher, Tobin, etc… Ils ont tous en commun trois choses :

    1) Ils complètent les uns les autres leurs théories.
    2) Aucune de leurs théories n’a jamais été appliquée.
    3) On accuse leurs théories d’être à l’origine de notre situation actuelle (plus Keynes, alors qu’il est à l’opposé de leurs thèses)

  6. Olivier dit :

    Et oui … Mais on semble s’en foutre tant qu’on peut râler.

    Le problème c’est qu’on s’acharne à taper sur une pomme après y avoir marqué Tomate, pendant que la vraie pomme continue à se foutre de votre gueule en toute impunité. Ni plus ni moins.

    Ce n’est donc pas en changeant l’histoire que vous changerez le monde.
    Bonne journée.

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