Après le conte, la réalité …

Le couperet est tombé sur ma tête.

Cette fois ça y est, c’est officiel, à partir de ce Samedi 19 février 2005, moi, jeune cadre de 48 ans en recherche d’activité professionnelle depuis plus de deux ans, seule, n’aurai plus que 14,00 euro par jour pour vivre …

Alleluia, après tant de démarches et d’efforts, la roue finira sûrement par tourner … je veux encore le croire …

Mais j’ai si peur de tous ces demains encore à venir …

Le couperet, avant première, séquence émotion

Réaction à chaud après la projection en avant première du film "le couperet" de Costa Gavras :

Et voilà, c’est fait, je l’ai remercié et je lui ai serré la main pour tous ses films et surtout celui-là. La voix tremblante remplie d’émotion, je lui ai dit à quel point j’étais concernée par son film …

Merci Monsieur Costa Gavras …

Enrobé dans un très bon polar complètement amoral agrémenté d’une bonne dose d’humour, nous prenons en pleine face ce fait de société qui nous ronge et nous détruit… chômage des plus de 40 ans … licenciements et drames qui en découlent … toutes les situations, tous les sentiments sont là …

Le film est bien fait, les acteurs, notamment Karin Viard qui crève l’écran et José Garcia, fabuleux dans son rôle de serial killer, la mise en scène, la musique, le rythme, les clins d’œil … il n’y a rien à redire…

Même si d’aucuns ne comprendront pas tout à fait la profondeur de ce conte parce que trop absorbés par leur quotidien ou trop protégés, je suis sure quand même qu’ils ne ressortiront pas des salles obscures sans un certain sentiment de malaise.

Merci encore Monsieur Costa Gavras …

Merci d’avoir adapté le roman noir de Donald Westlake dans notre contexte bien français …

J’espère que chacun comprendra le vrai message de ce film et réfléchira sur l’avenir que nous nous préparons si nous ne changeons pas nos mentalités.

Chacun pour soi … jusqu’à quel point ?
Et qu’allons nous faire de notre économie si nous continuons à «massacrer» nos cadres au point de les transformer en «prédateurs» … ?

Nous ne sommes pas des yaourts …

Encore une fois les gens sont classés, catégorisés, les plus de 50 ans d’un côté, les moins de 50 ans de l’autre … Face à cette crise de l’emploi qui dure et persiste depuis des années, ça n’a aucun sens.

Depuis 1998 je suis confrontée au problème de l’âge alors que j’entrais à peine dans ma quarante deuxième année. C’était dans la région parisienne, et j’étais la plus âgée de la compagnie. Mon DG avait alors 40 ans et mes collègues moins de 35 ans … Ce n’était pas toujours évident à vivre car ceux-ci me regardaient bien souvent comme si j’étais arrivée au bout de ma carrière et n’admettaient pas que je puisse avoir un peu plus de connaissances qu’eux sur les rouages des systèmes d’information de l’entreprise.

De 2000 à 2002, je ne suis plus arrivée à trouver un poste qui dépasse le stade de la mission. Et depuis 2002 plus rien ….

Bien sûr, entre temps j’ai fait une formation pour valider mes acquis en espérant augmenter mes chances et surtout parce qu’un consultant m’y a poussé suite à un bilan de compétences. Mais ça n’a pas du tout joué en ma faveur … et j’ai encore pris une année de plus ! Je frôle maintenant la cinquantaine. Malgré ça, je ne me sens pas âgée du tout. D’ailleurs je ne le suis pas, bien au contraire. N’en suis-je pas qu’au début de l’autre moitié de ma vie d’après les statistiques de longévité … ??

Bref, aujourd’hui la mode est au : « quinquas, créez votre entreprise ! » … Il paraît que c’est LA solution. Seulement pour créer une entreprise, il faut avoir au moins l’idée d’un projet … de surcroît qui tienne la route. Et je n’en ai pas le moindre embryon pour me lancer dans une telle aventure. Tout ce que je pourrais et voudrais faire, c’est tout simplement intégrer une équipe dans une entreprise, travailler selon mes compétences, et surtout sans être rabaissée.

Mais voilà, déjà considérée comme une vieille par les DRH, j’accumule les critères de discrimination auxquels je dois faire face et j’ai un peu de mal à arriver jusqu’aux entretiens.

Certains diront que c’est un problème régional, qu’il faut déménager … et bien non, c’est faux, j’ai suffisamment déménagé dans ma vie pour le boulot pour le savoir … C’est d’abord et surtout un problème de mentalité … et c’est ça qu’il faut changer. Déménager quand on n’a rien, ce n’est pas régler le problème, c’est le déporter.

Alors vous, recruteurs, qui réalisez les sélections d’embauche, cessez de nous prendre pour des vieux avant l’âge, nous ne sommes pas des yaourts, nous n’avons pas de date de péremption.

Incohérences !

Nuit de gamberge …

En France, on va chercher des cadres à l’étranger. C’est dans les quotidiens régulièrement, tout le monde le lit et personne ne réagit … !

Ma foi ! il est peut-être plus important de réagir sur des peccadilles et des cancans de quartier qui ne dépasse pas le bout de notre nez !

Mais bon … toujours en France, on propose aux cadres français au chômage et RMIste qui ont des cursus en béton armé, des postes d’assistants ou de débutants payés au SMIC et en plus avec pour commentaires des :

  • "vous n’avez pas le choix",
  • "faut faire des concessions",
  • "c’est ça où rien",
  • "le marché est comme ça en ce moment",
  • "c’est la crise",
  • "y a pas de boulot",
  • "c’est la guerre",
  • "c’est les élections",
  • "vous n’avez qu’à partir ailleurs si vous n’êtes pas contents",
  • "vous n’avez pas le bon diplôme",
  • "vous n’avez pas de diplôme",
  • "Mais votre diplôme n’existe plus"

… j’en passe et des meilleurs !!!

Franchement, il n’y a pas un truc qui déconne là ?

Une vague impression que le français (dans le sens femme et homme bien sûr, surtout femme d’ailleurs) d’un certain âge en recherche d’activité est pris pour un con.

Toujours diminué, rabaissé à un point tel que c’était même pas la peine de se casser le bol, voir la vie, à bosser pendant 25 ans, puisque de toute façon on est traité comme si on n’avait même pas le bac par les gens des "ressources humaines", intérim compris !

D’ailleurs on se demande ce qu’il y a d’humain là dedans…

Il faudrait peut-être changé le titre de ces braves gens.. non ?!

Sans blague !

Comment voulez-vous que les jeunes aujourd’hui fassent des efforts si déjà on ne respecte pas l’expérience des anciens qui en plus ne sont pas si vieux que ça !

On voudrait nous achever de plus en plus tôt alors qu’on vit de plus en plus vieux … mais faut arrêter le délire là nom de dieu !

Oufff ça fait du bien de se vider !